Stéphane Garneau est en mission. Celle de mener Projet Cirrus à la conquête du globe.

Stéphane Garneau est en mission. Celle de mener Projet Cirrus à la conquête du globe.

Animé par le désir de devenir le leader de l’infonuagique au pays, le président de Micro Logic pilote un plan de croissance qui a pris de la vitesse et de l’envergure au cours de la dernière année.

« Je pourrais avoir le vertige, mais c’est le contraire. Ça me garde les deux pieds sur terre et ça m’allume tous les jours » – Stéphane Garneau. Président de Micrologic, en parlant de la présence de son entreprise parmi les grands en Amérique du Nord.

Cette nouvelle stratégie lui permettra de se frotter aux géants de l’industrie comme Google, Amazon et Microsoft, affirme-t-il avec conviction.

« De l’audace et de l’ambition, j’en ai. J’ai toujours eu le désir d’entreprendre et d’innover. Mais je ne suis pas seul dans l’aventure: j’ai une équipe formidable qui embarque dans mes projets. Ma mission est devenue celle de tous les employés », lance-t-il d’emblée en entrevue avec Le Soleil Affaires.

Pour la première fois de son histoire, Micrologic a frappé à d’autres portes pour aller chercher du financement. L’organisation a amorcé récemment un plan de croissance de plus de 150 M$ d’investissements afin de conquérir le marché hors Québec. Ce plan est appuyé par des investisseurs externes, dont Desjardins, Capital BDC et Investissement Québec. « On était rendu là dans notre développement des affaires. C’est un domaine qui bouge très vite », explique-t-il.

Dans un club select

Doté d’une fine connaissance du marché des technologies de l’information (TI), l’homme d’affaires avait réfléchi à ce plan dès 2014, lorsqu’il a amorcé un virage technologique majeur au sein de son entreprise. L’avenir lui a donné raison, Micrologic figure aujourd’hui parmi les plus importants fournisseurs TI au Canada. Dans la foulée de sa croissance, l’entreprise de Québec prévoit de doubler ses effectifs d’ici cinq ans, pour atteindre la barre des 1000 employés. « On recrute des talents de partout dans le monde. Les gens veulent participer à notre croissance », lance le président, qui soutient que son entreprise a un bon pouvoir d’attraction et ne subit pas de pénurie de main-d’œuvre.

Cette reconnaissance permet à Micrologic de faire partie d’un club select composé uniquement de quatre fournisseurs informatiques souverains officiellement reconnus en Amérique du Nord. « Je pourrais avoir le vertige, mais c’est le contraire. Ça me garde les deux pieds sur terre et ça m’allume tous les jours. C’est une grande fierté pour moi qu’une entreprise d’ici soit reconnue mondialement pour son savoir-faire dans l’industrie infonuagique », ajoute-t-il, sourire aux lèvres.

Une année charnière

L’année 2023 est aussi celle des 40 ans de Micrologic. L’entreprise qui était à l’origine une boutique de produits Apple occupe toujours le même édifice sur le chemin Sainte-Foy. « Mais on commence à être à l’étroit », constate le président, qui a reçu Le Soleil là où tout a commencé. « Par chance qu’il y a le télétravail! »

Lorsque Stéphane Garneau a fait l’acquisition des stocks de l’entreprise, en 2009, au coût de 70 000 $, il savait déjà qu’il allait prendre une nouvelle direction et modifier les activités de l’entreprise.

« Le commerce comptait 35 employés et avait besoin d’un nouveau souffle afin de survivre aux multiples changements de l’industrie », se souvient-il.

Quelques années plus tard, Projet Cirrus est né. Le nuage informatique souverain, 100 % québécois et hébergeant entièrement les données des clients au pays, a non seulement permis à l’entreprise de survivre, mais il l’a littéralement propulsée.

Garder le cap

S’il se dit reconnaissant d’avoir franchi la barre des 40 ans d’exploitation dans un secteur d’affaires qui ne cesse de se transformer, Stéphane Garneau admet quand même sentir une certaine pression: celle de laisser un héritage et une entreprise pérennes. C’est pourquoi il garde le cap et poursuit sans relâche le développement des affaires.

« J’ai dû prendre des risques pour en arriver où je suis. J’ai suivi mon instinct, mais j’essaie surtout de prévoir un ou deux coups d’avance. Le marché bouge très vite, il faut non seulement être agile, mais surtout faire preuve d’audace. Même si ça paraît risqué. »

De Québec à l’international, l’entrepreneur voit grand. Mais il n’a pas l’intention de quitter la région. « J’ai une mission à accomplir et on va la faire ici », répète-t-il.

Six questions à un visionnaire en TI d’affaires

Q Vous êtes passionné par la navigation. Y a-t-il un parallèle à faire avec l’entrepreneuriat?

R Assurément. Je dors sur mon bateau tout l’été, à la marina du Vieux-Port de Québec. J’aime naviguer sur le fleuve, sans être pressé par le temps. Je suis le capitaine à bord, comme dans l’entreprise, mais je n’ai pas d’emprise sur les imprévus et la météo.

Q Vous êtes aussi un gars de bois: chaque printemps, vous faites la saison des sucres. Est-ce un loisir ou une nouvelle entreprise?

R C’est une passion que je partage avec mes gars. Depuis plusieurs années, on fait les sucres à notre érablière et on remet notre sirop d’érable à des organismes ou à des banques alimentaires. Comme avec le bateau, ça me permet d’évacuer le stress.

Q Jusqu’à cette année, l’ensemble du développement des affaires et des investissements a été fait par l’entreprise. Jusqu’où êtes-vous prêt à prendre des risques à ce sujet?

R Il y a cinq ans, j’ai reçu une offre d’achat. Ça m’a fait réfléchir à la valeur de l’entreprise et à son potentiel. C’est à ce moment que j’ai accéléré la croissance et que je suis allé chercher des investisseurs externes. Avant, j’aimais prendre des risques pour rester on the edge et sans filet. Maintenant, en ayant des partenaires financiers, c’est plus rassurant pour mon équipe. J’ai une vision à moyen et à long terme pour l’entreprise et je prends les moyens pour la concrétiser.

Q Quel type de leadership exercez-vous?

R J’ai beaucoup de bienveillance. J’essaie d’être à l’écoute de mon équipe. Tous les vendredis, je fais une rencontre Teams avec tous les employés, en prenant un café et pour jaser avec eux. C’est le moment de souligner nos bons coups, mais aussi de faire le point sur les embûches et les défis qu’on traverse. Mon projet est en fait celui de l’équipe. Et le succès de l’entreprise est celui des employés. C’est important pour moi de partager ce succès avec ceux qui le génèrent, comme je suis à l’écoute de leurs inquiétudes. Souvent, mes décisions seront prises en fonction de leurs réactions.

Q Est-ce que la majorité de vos employés sont en télétravail?

R Oui et non. On a entre 75 et 100 employés qui viennent travailler au siège social à l’occasion ou de façon régulière. La moitié de notre personnel est dans la région de Montréal, où nous avons un bureau, et le reste est réparti un peu partout au pays.

On prône la flexibilité et le travail hybride. J’ai toujours dit : « Si tu veux perdre 10% de tes employés, oblige-les à venir travailler au bureau ! »

Q La croissance engendre de l’embauche de personnel. Faites-vous du recrutement à l’international?

R Nous avons 26 nationalités dans notre équipe et on recrute continuellement. On a un bon pouvoir d’attraction, au Québec et au Canada. Il y a quelques années, lorsque j’ai reçu mes premières démissions d’employés, je le prenais personnellement. Mais le marché du travail a évolué, s’est transformé, et les gens bougent plus qu’avant pour de multiples raisons. Cela dit, nous avons quand même un très faible taux de roulement et on en est fier. On se voit toujours comme une grande famille.

Texte par Annie Lafrance, Le Soleil Affaires, décembre 2023